Droit à l’information : face à la mutation numérique des médias à Bukavu, Darius Kitoka appelle les journalistes à « s’adapter ou à disparaître »

Bukavu, 26 juillet 2026. La mutation numérique des médias était au centre d’une journée de réflexion organisée ce dimanche 26 juillet 2026 par l’Union Nationale de la Presse du Congo (UNPC), section du Sud-Kivu. Cette activité s’inscrivait dans le cadre de la commémoration de la Journée Nationale de la Presse, célébrée chaque 22 juillet sur toute l’étendue de la République démocratique du Congo.

Devant des dizaines de journalistes et de responsables des médias, le président sectionnaire de l’UNPC Sud-Kivu, Darius Kitoka, a dressé un constat sans complaisance sur l’évolution des habitudes de consommation de l’information. Selon lui, la presse locale risque d’être dépassée si elle ne s’adapte pas aux exigences du numérique.

Il a indiqué que les médias de la province font face à trois principaux défis, à savoir le manque de formation adéquate et continue, la désinformation ainsi que la précarité économique des entreprises de presse.

«« Aujourd’hui, 80 % de nos auditeurs et lecteurs sont sur WhatsApp, TikTok et Facebook. Si nous continuons à produire seulement pour la radio ou le journal papier, nous allons parler dans le vide », a-t-il déclaré.»

Le président de l’UNPC Sud-Kivu a également mis en garde contre la prolifération des fausses informations.

« Un vocal de 30 secondes sur WhatsApp fait plus de dégâts qu’un éditorial de 1 000 mots. Nous, journalistes, avons le devoir de vérifier avant de relayer », a-t-il insisté.

Pour relever ces défis, Darius Kitoka a proposé plusieurs pistes de solutions. Il a notamment invité les médias à mutualiser leurs efforts en partageant les contenus, les images et les interviews plutôt que de travailler de manière isolée. Il a également annoncé l’organisation de cliniques numériques mensuelles portant sur le montage mobile, le fact-checking et le référencement numérique (SEO), afin de permettre aux journalistes de produire des contenus adaptés aux nouveaux usages. Enfin, il a encouragé chaque rédaction à investir davantage les plateformes numériques en développant notamment des chaînes WhatsApp et des contenus vidéo destinés aux réseaux sociaux.

« Le journaliste de 2026 doit être à la fois reporter, monteur et community manager avec son téléphone », a-t-il martelé.»

Parmi les facilitateurs de cette journée figuraient Mariamu KITOGA Solange, coordonnatrice de l’Alliance des Journalistes pour la Défense des Droits Humains (AJDH) et PARSEC du président de l’UNPC, ainsi que Ernest Muhero.

Intervenant sur l’importance du genre dans le numérique, Mariamu KITOGA Solange a expliqué pourquoi la prise en compte du genre est essentielle dans le développement du numérique et dans la pratique journalistique en République démocratique du Congo. Elle a développé les principaux défis liés aux inégalités d’accès aux technologies tout en mettant en évidence le rôle des journalistes dans la promotion d’une information inclusive. Selon elle, le genre favorise l’égalité des chances, contribue à l’autonomisation des femmes, participe au développement du pays et renforce la liberté d’expression.

« Le genre dans le numérique est une question de justice, d’égalité et de développement. Un accès équitable aux technologies permet aux femmes et aux hommes de contribuer ensemble au progrès de la société. Pour les journalistes, il est essentiel de promouvoir une information inclusive, de lutter contre les discriminations et de sensibiliser le public à l’importance d’un numérique accessible à tous », a-t-elle souligné.»

À son tour, Ernest Muhero, enseignant en sciences de l’information et de la communication dans plusieurs universités et journaliste, est intervenu sous le thème « Journalisme et numérique : quels défis ? ». Son exposé a commencé par un aperçu de l’évolution des médias avant d’aborder la mutation numérique, les opportunités qu’elle offre aux professionnels de l’information ainsi que l’apparition de nouveaux acteurs dans l’écosystème médiatique.

Il a expliqué que le journalisme numérique exige aujourd’hui de nouvelles compétences pour répondre aux défis de la désinformation et des fausses informations qui circulent abondamment sur les réseaux sociaux. Tout en saluant les médias en ligne du Sud-Kivu qui exploitent déjà les outils numériques et les smartphones pour diffuser une information instantanée, il les a encouragés à diversifier leurs formats de production, notamment à travers les vidéos, les podcasts, les infographies et les contenus interactifs, afin d’améliorer leur compétitivité aux niveaux régional et international.

Clôturant son intervention par une réflexion intitulée « Quel journalisme pour l’ère numérique au Sud-Kivu ? », Ernest Muhero a insisté sur les nouvelles responsabilités des journalistes, notamment la vérification des contenus numériques, la maîtrise des outils technologiques, l’interaction avec les différentes audiences et l’adaptation de la production aux publics connectés.

« Nous avons d’autres rôles à jouer : vérifier les contenus numériques, maîtriser les outils numériques, interagir avec l’audience et les médias. Nous ne devons pas seulement cibler le public physique, mais aussi le public numérique », a-t-il déclaré, avant de rappeler que le journaliste demeure avant tout un acteur dont la mission est d’informer, de former et de divertir.»

En clôturant les travaux, Darius Kitoka a rappelé que la Journée Nationale de la Presse constitue avant tout un moment de réflexion sur l’avenir de la profession.

« Notre indépendance et notre crédibilité passeront par notre capacité à innover. Le public ne nous doit rien. C’est à nous d’aller vers lui, là où il est : sur son téléphone. »

La conférence s’est achevée par un appel à la création d’une régie publicitaire numérique commune afin de renforcer la viabilité économique des médias locaux et de les accompagner dans leur transition vers le numérique.Cette version respecte davantage le style d’un article de presse classique, sans sous-titres, avec une narration fluide du début à la fin.

par MARIAMU Solange

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