Droit social et culturel. Bukavu, le Tuungane Pamoja Festival: une démarche innovante pour la paix dans l’Est congolais.

Le Tuungane Pamoja Festival ne se résume pas à un concert, mais s’inscrit dans une démarche de promotion de la paix, de la cohésion sociale et de l’engagement des jeunes pour une RDC apaisée et bénéfique a tous.

Une publication relayée sur les réseaux sociaux présente le « Tuungane Pamoja Festival » comme un simple festival de musique organisé par la Coopération Suisse à Bukavu et s’interroge sur la pertinence d’un tel événement dans un contexte marqué notamment par des difficultés d’accès à l’eau potable. C’est une opinion qui mérite toutefois d’être nuancée.

Le « Tuungane Pamoja Festival » a été organisé par Hope and Peace DRC, dans le cadre de son projet « Jeunes engagés pour la paix, la cohésion et la résilience locale », financé par la Coopération Suisse en RDC. Il ne s’agit donc pas d’un événement organisé directement par la Coopération Suisse, comme l’approximiste blogueur tente de le faire avaler à l’opinion.

Contrairement à l’image d’un simple concert, ce Festival constitue l’une des activités de clôture d’un processus engagé plusieurs mois auparavant auprès des jeunes de Bukavu.

Le projet a notamment ciblé des écoles, des universités et des jeunes de différents quartiers de la ville.

Des activités de formation et de sensibilisation autour de la paix, de la cohésion sociale, du leadership positif et de la prévention contre les discours de haine ont été organisées dans ce sens. Et le résultat ne paie pas de mine. Ils s’étalent sur le durable.

Des concours artistiques, notamment dans la musique, la danse, la poésie et l’éloquence, ainsi que des activités sportives, ont également été intégrés au projet.

Le tournoi « Tuungane Pamoja », organisé dans ce même cadre, a notamment réuni des équipes universitaires de Bukavu. L’Université Officielle de Bukavu a ainsi indiqué avoir participé à cette compétition organisée par Hope and Peace DRC à travers le projet financé par la Coopération Suisse.

À travers ce festival orga, l’objectif affiché par les organisateurs est de faire de la culture et du talent des jeunes des instruments de dialogue, de rapprochement et de cohésion sociale.

À Bukavu, ville marquée par les conséquees de plusieurs années de conflits et de tensions communautaires, offrir aux jeunes des espaces d’expression, de rencontre et de dialogue peut également constituer une approche de consolidation de la paix.

Le programme du 16 août prévoyait d’ailleurs une première partie consacrée à la finale du concours « Tuungane Pamoja Talents », avant les prestations musicales.

Les organisateurs ont également annoncé la pérennisation des acquis du projet à travers l’implication des jeunes formés dans les activités futures.

Les interrogations des habitants sur les difficultés d’accès à l’eau potable ou sur d’autres besoins sociaux sont légitimes et doivent pouvoir être exprimées dans un débat public avec les autorités de la place.

Cependant, opposer automatiquement une activité culturelle destinée à promouvoir la paix à la réponse aux besoins sociaux risque de donner une lecture incomplète des mécanismes de financement de la coopération au développement.
Les financements affectés à un projet sont généralement destinés à des objectifs précis. Dans le cas présent, le projet soutenu par la Coopération Suisse vise notamment la participation des jeunes à la consolidation de la paix, au vivre-ensemble et à la cohésion sociale.

Ainsi, demander pourquoi cet argent n’a pas été consacré à l’eau potable suppose de connaître le budget, les lignes de financement et les objectifs du projet avant de tirer des conclusions sur son utilisation.

Le débat sur les priorités de développement à Bukavu est important. Il doit cependant s’appuyer sur des informations précises afin d’éviter les amalgames entre le bailleur de fonds, l’organisation bénéficiaire et les activités financées.

Le Tuungane Pamoja Festival est une initiative portée par Hope and Peace DRC et financée par la Coopération Suisse dans le cadre d’un projet plus large consacré à la paix, à la cohésion sociale et à la résilience des jeunes.
Il est donc possible de reconnaître les difficultés auxquelles fait face la population de Bukavu, notamment en matière d’accès à l’eau, tout en reconnaissant que la construction de la paix, l’accompagnement de la jeunesse et la cohésion sociale constituent également des besoins importants pour une communauté confrontée aux conséquences des conflits.
Le débat est légitime. Mais il gagne à être mené sur la base des faits, des objectifs des projets et de la réalité des financements, plutôt que sur une présentation réduisant une initiative de cohésion sociale à un simple concert.

Michaël Kaseko.

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