À Kinshasa, au cours des dernières semaines, les déclarations du président Félix Tshisekedi et de plusieurs membres de son gouvernement sur la situation sécuritaire et politique du pays ont révélé de profondes contradictions, notamment autour de l’identité de l’ennemi de la RDC, des événements d’Uvira, du phénomène Mobondo et du débat sur un éventuel dialogue politique, dans un contexte marqué par l’activisme du M23, les tensions internes et les récentes démarches diplomatiques du chef de l’État en Angola.
Alors que le discours officiel accuse régulièrement l’ancien président Joseph Kabila d’être à l’origine de l’instabilité actuelle, le ministre du Budget, Adolphe Muzito, affirme publiquement que Kabila n’est pas l’ennemi de la République. Cette prise de position tranche avec la ligne dominante au sein du pouvoir et entretient le flou sur la véritable cible politique et sécuritaire du régime en place.
Les récents événements d’Uvira illustrent davantage cette confusion. Le président Tshisekedi parle d’un retrait tactique des FARDC et des Wazalendo, laissant entendre une opération militaire maîtrisée. De son côté, le ministre de l’Agriculture, Muhindo Nzangi, évoque plutôt une fuite, citant une publication sur le réseau social X et affirmant que sans l’intervention des États-Unis, le M23 aurait déjà atteint Kalemie. Deux lectures opposées d’un même fait, qui interrogent la crédibilité de la communication sécuritaire de l’État.
Sur le dossier Mobondo, les contradictions persistent. Jean-Pierre Bemba, ministre des Transports, attribue la responsabilité de ces milices à Joseph Kabila. En revanche, Anthony Mwalushay, porte-parole des services de sécurité, soutient que les renseignements disponibles pointent vers des proches du président Tshisekedi. Ces versions contradictoires traduisent une bataille de récits au sommet de l’État, au détriment de la clarté attendue par l’opinion publique.
Par ailleurs, le débat sur un éventuel troisième mandat présidentiel refait surface après les propos de Maître Kabengele, qui estime que Félix Tshisekedi pourrait y prétendre au motif que son second mandat ne s’exercerait pas sur toute l’étendue du territoire national. Cette thèse relance une controverse sensible dans un pays où la question constitutionnelle reste hautement inflammable.
Dans ce climat d’incertitude, les deux déplacements du chef de l’État en Angola, en moins d’une semaine, pour évoquer un possible dialogue politique, apparaissent comme un signal fort. Ils contrastent avec les discours antérieurs de fermeté et renforcent l’idée que la situation politique et sécuritaire impose désormais une solution concertée.
Au-delà des faits, ces contradictions révèlent une crise de cohérence au sommet de l’État. Lorsque le pouvoir parle avec plusieurs voix, le message perd sa force et la confiance du public s’érode. C’est dans ce contexte que le Mouvement Sauvons la RDC réaffirme que seul un dialogue national et inclusif peut permettre de sortir le pays de l’impasse actuelle.
Dans un pays où autant de contradictions des dirigeants sont enregistrées sur les mêmes sujets, on comprend sémiotiquement qu’il n’y a pas d’équipe gouvernementale, que la communication est désorganisée, que chaque membre de ce gouvernement agit à qui pire pire, qu’il n’y a aucun objectif commun entre eux, qu’ils ne comprennent pas trop la res publica, que la RDC est dirigée par un royaume de maïs, à chacun sa barbe, que le pays est divisé comme ceux qui le gouvernent.
De ce fait, aucun espoir n’est envisageable pour la population congolaise. Que dans le pays de Lumumba, le bout du tunnel n’a donc point demain pour veille.
Darius Kitoka.