Droit économique et social. Un franc congolais fort en contradiction avec le panier de la ménagère ou la fausse victoire de la baisse du dollar en RDC.

Alors que la Banque Centrale du Congo annonce avec fierté un taux de change indicatif de 1 USD à 2 309,56 francs congolais, en forte appréciation par rapport aux 3 000 FC d’il y a quelques mois, la population congolaise peine à ressentir les effets concrets de cette performance monétaire. En principe, un franc fort devrait se traduire par une baisse des prix à la consommation, un soulagement pour les ménages, et un renforcement du pouvoir d’achat.

Or, sur les marchés, les prix restent rigides, parfois même plus élevés en valeur réelle. L’essence se vend à 3 400 FC le litre, soit environ 1,47 USD, contre 1,23 USD auparavant, alors que le sucre, le pain, la bière, le transport urbain ou encore le lait en poudre connaissent des tendances similaires. Les commerçants, prompts à répercuter la hausse du dollar, restent insensibles à sa baisse.

Ce phénomène, combiné aux coûts fixes élevés (transport, fiscalité, insécurité) et à une inflation persistante dépassant les 17 %, mine les effets positifs attendus de la stabilité monétaire. Dans l’Est du pays, la situation est encore plus alarmante : la monnaie nationale y circule difficilement, les prix sont souvent fixés en dollars, et les salaires en francs ne permettent pas de suivre le rythme d’un coût de la vie tiré vers le haut par l’insécurité et l’isolement économique.

Ainsi, malgré une meilleure discipline macroéconomique et l’uniformisation progressive du taux de change à travers le pays, le citoyen lambda ne bénéficie d’aucun gain tangible. Ce décalage entre stabilité financière et réalité sociale met en lumière un problème de fond : l’absence de mécanismes efficaces de transmission économique.

Une monnaie forte n’a de sens que si elle garantit un panier abordable, un transport accessible, et une assiette remplie. Sans cela, elle demeure une victoire abstraite, déconnectée de la vie réelle. Pour redonner du sens à la stabilité monétaire, il est urgent de renforcer la coordination entre politiques économiques et budgétaires, d’assurer un suivi territorial des prix, et de stimuler la production locale pour réduire la dépendance aux importations.

Car le vrai droit du Congolais n’est pas seulement d’avoir un franc fort sur le papier, mais de pouvoir vivre dignement grâce à lui.

Bienvenu Gilbert Nzungu Nzungu Yumbi