À l’approche de la CAN 2025, le football congolais continue d’être miné par un mal bien plus profond que les questions de tactique ou de sélection : l’incohérence des discours. Depuis des années, les mêmes acteurs — analystes, consultants, supporters, journalistes ou influenceurs — dictent le tempo des débats en changeant d’avis au gré des résultats, sans jamais construire une ligne directrice stable. Ce climat d’instabilité permanente freine le développement du football national plus sûrement que n’importe quelle défaite sur le terrain.
Il y a quelques années, Christian Nsengi était au cœur des critiques. On lui reprochait alors de proposer un jeu séduisant, mais de ne pas obtenir de victoires. “Il joue bien, mais il ne gagne pas”, disait-on. Ces critiques ont contribué à précipiter sa sortie. Aujourd’hui, Sébastien Desabre subit l’effet inverse : il gagne des matchs, mais est attaqué pour ne pas proposer un jeu assez élaboré. “Il gagne, mais il ne joue pas bien”, entend-on désormais. Comment un entraîneur peut-il trouver la bonne formule quand les critères de jugement changent à chaque cycle ?
Le cas de Jean-Florent Ibenge illustre parfaitement cette contradiction. À son époque, il lui était reproché de faire confiance aux joueurs du championnat local et de ne pas savoir convaincre les binationaux de rejoindre la sélection. Cette posture a été utilisée comme argument pour réclamer son départ. Aujourd’hui, Desabre, qui parvient justement à attirer les binationaux et à renforcer l’équipe avec des joueurs formés dans les meilleurs clubs européens, est critiqué pour ne pas donner leur chance aux locaux. Ce qui était présenté hier comme une faiblesse devient aujourd’hui une exigence.
Ce phénomène se manifeste partout : dans les débats télévisés, les publications sur les réseaux sociaux, les discussions dans les tribunes ou les bars sportifs. L’opinion publique change de position comme on change de maillot. Le discours dominant n’est jamais constant. Il réclame des joueurs expérimentés quand l’équipe est jeune, puis crie à l’usure quand l’entraîneur s’appuie sur les cadres. Il demande la rigueur tactique, mais s’indigne dès que le jeu devient pragmatique. Il exige des résultats immédiats sans accepter le temps nécessaire à la construction d’un projet.
Ces contradictions ne sont pas récentes, mais elles deviennent de plus en plus nuisibles. Elles empêchent toute stabilité autour du staff technique, toute continuité dans la sélection, et toute progression dans la vision du football national. Aucun entraîneur, aussi compétent soit-il, ne peut réussir dans un environnement aussi incohérent, où la patience est absente et la critique toujours extrême.
Le vrai problème, ce n’est ni Nsengi, ni Ibenge, ni Desabre. C’est l’incapacité collective à adopter une vision claire et à s’y tenir. Le football congolais n’a pas besoin d’un messie sur le banc, mais d’un environnement qui sait ce qu’il veut. Tant que les décisions seront dictées par des critiques qui se contredisent d’un cycle à l’autre, aucune équipe ne pourra progresser. La mémoire courte et la versatilité permanente des “analystes” sont devenues un handicap pour la sélection.
En réalité, le football congolais ne souffre pas de manque de talents, ni même de moyens humains. Il souffre d’un climat instable, nourri par une opinion publique qui veut tout et son contraire. On veut des résultats, du beau jeu, des locaux, des expatriés, des jeunes, des cadres… mais jamais avec la cohérence ou le temps nécessaire pour les intégrer intelligemment. Tant que ce fléau persistera, les entraîneurs passeront, les générations aussi, mais les résultats, eux, resteront les mêmes.
Rédaction