L’homme de la sécurité locale quitte alors la terrasse, le détachement armé et entre dans le bar. Il ferme la porte derrière lui. A ce niveau, Jay raconte qu’il est allé négocier avec la horde en flamme contre le journaliste. Mais avant d’y aller, il aurait pris soin d’alerter le principale responsable locale de la sécurité. Selon son témoignage, il a senti de l’électricité dans l’air et s’est précipité pour essayer d’éteindre le feu. Mais il n’a pas totalement réussi. Il va renouveler son appelle au chargé de sécurité urbaine, le Colonel Julien, nous dit-on.
Après son appel, il va constater que les esprits des hommes en arme continuent à se surchauffer au balcon, et menacent ouvertement de régler des comptes à ce « monsieur » qui avait osé les défier en retirant la femme qui était avec eux. Un alibi simpliste pour accomplir un dessein macabre.
Une semaine avant, raconte la sécurité locale, le trio armé est devenu plus régulier et ajoute-t-elle, que depuis, ils ne cessent de répéter que « kuko mutu tutauwa hapa »(il y a quelqu’un que l’on va tuer ici). Il était loin de relier cette menace à la personne du journaliste.
Prenant peur aussi, Jay ne peut s’échapper, car la grille de l’escalier est déjà bloquée et les deux hommes armés dégainent complètement leurs armes. Et les hommes se jurent de corriger ce « petit monsieur » qui a pris du plaisir en venant retirer une femme qu’ils sont en train de dompter.
A l’intérieur, tout le monde est pris de panique. C’est une voix venant de l’extérieur qui écœure encore les désormais « otages » embusqués à l’intérieur du bar. Elle dit « Banaiba téléphone yangu; na ule Fiston njo atailipa. Fungula iyi mulango » (On vient de me voler mon téléphone et c’est ce Fiston-là qui doit le payer, parce qu’il a créé cette zizanie!). Sans sommation, ils forcent la porte à double battant qui ne tarde pas à céder. Les deux qui sont armés entre dans ce gros salon. Il y reste encore quelques quatre ou cinq personnes qui ne peuvent plus sortir, car les revolvers tournent dans tous le sens à la recherche du moindre soupçon. Voyant les armes, ils crient à l’unisson « Baba, musituuwe, hakuna bye tulifanya, mutusamehe tutoke » (Messieurs, ne nous tuez pas, nous n’avons rien fait, pardonnez-nous, pitié).
Sans prêter trop attention à ces cris, le plus gros et le plus élancé des trois, qui est visiblement le Chef de cette horde demande à brûle-pourpoint s’adressant au gérant, « Fisito hari hehe? »(Où est Fiston ?) »Pardon, Afande, pardon Papa Eric… », supplie le pauvre gérant tenancier. Sentant le danger, le journaliste se redresse, et le surnommé Eric lui braqua le pistolet au nez. Ces événements se déroulent entre 21h et 21h30 du 4 août 2025. Les supplices du journaliste Fiston Wilondja
Le journaliste garde néanmoins son calme et reste froid devant le canon du revolver. Il dit, sans panique, « si c’est moi que vous cherchez, laissez partir ces gens qui sont là. Ils ne vous ont rien fait de mal. Nous allons nous entendre entre hommes. » « Maombi, rekabagende » (Maombi, laisse-les partir), crie Eric. Le deuxième homme armé qui accompagne son chef, un certain Maombi, demande aux autres clients du bistrot qui commencent à grognasser de se mettre à genoux, mains sur la tête et d’avancer religieusement jusqu’à la porte.
Le troisième homme sans arme et sans tenue militaire était déjà descendu de l’escalier et revenait déjà avec un fil de batterie maladroitement dissimulé derrière le dos. Cette scène est relatée tour à tour par le chargé de sécurité du bar et l’une des serveuses du bistrot.
Voyant leur ami arrivé, le sieur Maombi se rue vers le journaliste qui l’esquiva une première fois, les serveuses se mirent à crier à tue-tête. Maombi revient à la charge…De son côté, Eric ordonne aux serveuses de se taire et que celui ou celle qui poussera encore un cri, sera immédiatement abattu sans autre forme de procès. Pendant ce temps, le journaliste luttait toujours avec le sieur Maombi. Ils se sont colletés, empoignés,…
Et c’est la voix de sieur Eric qu’on a encore entendue, « Hadji, urikusubira iki? » (Hadji, qu’est-ce que tu attends ?). Hadji était ainsi le nom du 3ème larron du trio de la mort. Il était sorti cet instant pour récupérer et se munir de son arme fatale, la corde rouge, la corde raide. Alors, Eric s’agrippe à l’épaule du journaliste. Celui-ci se retourne pensant à une nouvelle agression physique. Mais Eric feint de lui dire de se calmer. Et c’est de ce moment-là que le sieur Hadji profite pour passer la corde ou le fil rouge autour du coup du journaliste Fiston Wilondja. C’est le coup de grâce.
Le coup de grâce
La corde au cou, le journaliste cherche désespérément à se dégager, mais visiblement la corde serre très fort.
Il veut crier, mais et il n’émet que des sons gutturaux, des râlements. A bout d’efforts, il lâche et s’effond sur le pavé. Le sieur Maombi continue pourtant à lui administrer des coups sur la tête et à l’écraser la tête sur les carreaux. On le lie les mains par derrière. On traine le petit corps encore en vie, jusqu’à la terrasse.
Et c’est là que Hadj et Maombi vont soulever le journaliste et le jeter par-dessus la terrasse. Ils descendent l’escalier ensuite…Dans le bar, personne ne bouge et le personnel reste pétrifié par cette scène macabre qui vient de survenir devant leurs yeux. Personne n’ose regarder ce qui se passe à l’extérieur.
Mais le silence immédiat dans le bar tire Jay de sa cachette et il tente un coup d’œil à la terrasse… Eric prend le volant du véhicule, tandis que ses deux sbires se chargeront de ramasser le corps de le mettre dans le véhicule pour aller le jeter vraisemblablement là où il avait été ramassé au lendemain de cet assassinat prémédité. Il est entre 21 heures 30 et 22 heures.
Pendant la scène, caché vers les toilettes Jay ne cesse de passer des alertes
Au vu de la détérioration progressive de la situation, Jay est allé se cacher dans les toilettes du bar pour appeler le secours au téléphone. Réussissant à atteindre le chargé d’enquête du mouvement AFC/M23, il se voit ne plus être en mesure d’émettre de son de sa voix pour ne pas attirer l’attention des bourreaux vers lui aussi. Il se peut que le chargé d’enquête a aussi appelé la sécurité de la ville, mais aucune intervention n’est venue. Jay considère le journaliste, expert informaticien de l’OVD comme son Camarade au vu des missions qu’ils avaient déjà accomplies ensemble, les 30 derniers jours.
AJDH/RTDH
(Alliance de Journalistes pour les Droits Humains)