Bukavu, 05 mars 2026, les professionnels des médias venus du Nord et du Sud-Kivu se sont réunis ce mercredi dans la salle ETJ, située dans la commune d’Ibanda, pour une formation axée sur le journalisme éthique et sensible aux conflits.
Dans un contexte régional marqué par l’instabilité sécuritaire et les tensions politiques, cette initiative vise à renforcer les capacités des journalistes appelés à travailler en zones sensibles.
Le premier module a été animé par le paneliste du jour, le professeur Adolphe Kilomba. Son exposé a porté sur le journalisme sensible aux réalités des conflits. Il a rappelé que le journaliste ne peut exercer efficacement son métier sans une parfaite maîtrise des valeurs d’éthique et de déontologie professionnelles. « Un journaliste doit être conscient de ce qui se passe autour de lui. Il ne peut ignorer les conflits », a-t-il insisté.
Selon lui, la responsabilité du journaliste ne se limite pas à relayer des faits. Il doit être actif sur le terrain, recueillir les informations, les vérifier avec rigueur et éviter toute complaisance. « La radio n’est pas une boîte aux lettres », a-t-il martelé, soulignant que les médias ne doivent pas servir de canal passif à des messages non vérifiés ou susceptibles d’attiser les tensions.
Le formateur a également invité les participants à commenter les faits avec responsabilité, en veillant à ne pas créer ni amplifier les conflits. Au contraire, le rôle du journaliste est d’atténuer les tensions et, dans la mesure du possible, de contribuer à leur résolution. « Ne soyez pas les créateurs des conflits », a-t-il exhorté.
Parmi les outils pratiques présentés figure la méthode d’analyse des conflits dite CRSIPABIO (Context, Relationship, Sources, Issues, Parties, Attitudes, Behaviors, Intervention, Outcomes). Cet outil permet aux professionnels des médias d’examiner en profondeur les dynamiques conflictuelles avant toute diffusion d’information, afin de produire des contenus équilibrés et responsables.
Le second module a porté sur le discours de haine, ses conséquences destructrices et les enjeux de la sécurité numérique.
Les participants ont été sensibilisés aux risques liés aux publications sur les réseaux sociaux, où une information mal formulée ou mal vérifiée peut rapidement provoquer des tensions ou mettre en danger les auteurs eux-mêmes.
Cette formation a pour objectif global d’appuyer les journalistes du Nord et du Sud-Kivu, particulièrement ceux qui évoluent dans des zones dominées par les conflits et sous influence gouvernementale. À travers le renforcement de leurs capacités et de leur sécurité, il s’agit de promouvoir un journalisme plus professionnel, responsable et véritablement sensible aux conflits.
Dans une région où l’information peut soit enflammer les esprits, soit contribuer à la paix, les journalistes présents dans la formation repartent avec un message clair : informer, oui mais sans nuire, et surtout, avec conscience et responsabilité.
Mariamu SOLANGE