Droit de l’enfant : la surmilitarisation au Sud-Kivu corrompt la jeunesse. Un avenir plein de violence en téléchargement.

Dans une vidéo tournée au Sud-Kivu, des enfants de moins de quinze ans imitent des armes à feu avec des morceaux de bois. Ils se pavanent dans une rue du Sud-Kivu, mimant la file militaire, et avec fière allure, ils se présentent devant la caméra pour cracher leur haine.
L’un d’eux, le regard déterminé, crie : « Je vais exploser la tête des ennemis avec cette arme ! » D’autres renchérissent, décrivant leurs fusils d’assaut comme des pistolets, des « mitrailleuses », des fusils à lunette, des « snipers » ou des Mags 21, et d’autres armes qu’ils voient circuler dans les allées et venues des militaires loyalistes ou rebelles. Ils affirment vouloir « libérer Katogota et Kamanyola » et, à leurs yeux, « chasser les rebelles et leurs soutiens ». À côté, une jeune maman les observe et pose quelques questions, mi-fières, mi-inquiètes.

Cette scène, filmée et diffusée sur les réseaux sociaux, a provoqué de vives réactions. « Si nos enfants jouent à la guerre aujourd’hui, demain ils la feront pour de vrai », avertit un internaute. Un autre commente : « Ceci n’est pas une simple vidéo comique, c’est une preuve de la représentation sociale. À ce degré, il faut prétendre à une autre perception de la réalité congolaise. Nous sommes déjà à un stade de légitimation de la violence ; certains appellent cela la défense du territoire, mais c’est une dérive où l’humain décide selon son humeur du sort de l’autre. »

Ces paroles traduisent une inquiétude profonde : la surmilitarisation n’est plus seulement physique, elle devient mentale. Les enfants reproduisent un environnement saturé de peur, de discours guerriers et de frustration collective. Leur jeu n’est plus une simple imitation, mais une appropriation de la guerre comme moyen d’expression et de survie. Dans ces gestes, c’est une enfance confisquée qui se manifeste, dans une région où la guerre du M23 et d’autres groupes armés bouleverse les repères sociaux jusqu’au cœur du Sud-Kivu.

Pourtant, ces scènes violent les droits universels de l’enfant, tels que consacrés par la Convention des Nations unies relative aux droits de l’enfant (CDE). L’article 38 interdit toute participation d’enfants de moins de quinze ans aux hostilités, tandis que l’article 31 leur reconnaît le droit de jouer, de rêver et de grandir dans la paix. Ces principes, censés protéger l’innocence, sont aujourd’hui mis à mal par une réalité où la guerre s’invite jusque dans les jeux d’enfants.

Derrière ces images se dessine une société où la violence semble devenir légitime, où la défense du territoire justifie tout, même l’enfance perdue. Mais comme le rappelle un autre commentaire sur la vidéo : « Si nous comprenons déjà le niveau qui est le nôtre, c’est déjà savoir que nous vivons selon la volonté humaine. Et cette même volonté humaine peut changer la tendance actuelle. »

C’est là que réside l’espoir : reconnaître l’ampleur du phénomène pour le transformer. Le droit à l’innocence ne doit pas rester une promesse écrite dans les conventions internationales, mais devenir une réalité vécue au Sud-Kivu. Protéger ces enfants, c’est refuser que la guerre continue de se transmettre, même à travers le jeu. C’est croire qu’une autre volonté humaine — celle de la paix — peut encore l’emporter.

Rédaction