Les denrées de première nécessité n’arrivent à Mwenga, et le peu qui existe encore a été multiplié par deux, par trois et même quadruplé. Le sel, le sucre, la farine, les haricots, l’huile, se raréfient au jour le jour, alors que c’est la vie au quotidien de cette partie de la population congolaise. Et à ce moment, les hôpitaux ne sont plus fournis en médicaments, occasionnant quotidiennement des morts suite au manque de médicaments génériques. Et donc à Mwenga, territoire du Sud-Kivu, dans l’Est de la République Démocratique du Congo, les habitants ne tiennent plus.
Cette situation est due à la suppression du trafic routier sur la Nationale n°2, qui relie Bukavu et Kamituga. Cette situation charrie ainsi familles, conflits fratricides, désespoirs et multiplication d’actes de banditisme. Les Mwengapais, pour dire les habitants de Mwenga, sont coupés du reste de la RDC, loin des administrations de l’AFC/M23 et du régime de Kin.
Les conséquences sont brutales : flambée des prix, pénurie de médicaments, famine silencieuse.
« Nous mangeons difficilement une seule fois le jour, parfois nous passons deux jours sans manger… rien sous la dent. Tout est devenu un luxe. Même les feuilles de manioc se font rares », témoigne Mama Zawadi, mère de six enfants rencontrée au marché central de Mwenga.
Les récits se ressemblent, poignants, portés par une population abandonnée.
« Mon fils est malade depuis une semaine. Il a la fièvre, mais il n’y a plus de médicaments à l’hôpital. On nous dit d’attendre un convoi, mais ça fait des jours », raconte David, un jeune père.
Le carburant est aussi devenu introuvable. « Une bouteille d’un litre coûte 15.000 francs congolais. Les motos ne circulent plus, les ambulances sont à l’arrêt », explique Chantal, vendeuse de charbon.
À Kamituga, Shabunda, et jusque dans certaines localités du Maniema, le même cri d’alarme : vivre n’est plus possible. Les habitants se débrouillent comme ils peuvent. Les plus vulnérables, eux, meurent dans le silence.
« Nous ne demandons pas l’impossible », dit Pascal, enseignant de Mwenga. « Nous voulons juste que cette route soit rouverte pour que nos enfants puissent manger, se soigner, aller à l’école. Nous sommes pris en otage par une guerre qui n’est pas la nôtre. »
Depuis des semaines, les camions d’approvisionnement sont bloqués. Aucun produit ne passe. Aucun secours n’arrive. La route est coupée, mais c’est surtout l’espoir qui se fissure.
La population lance un appel pressant à tous ceux qui ont une part de responsabilité dans cette crise. Ouvrir la route maintenant est le credo. Elle ne peut plus supporter ce blocus.
Elle n’a rien à voir avec cette guerre. Elle ne peut pas continuer à payer le prix du silence, de l’orgueil et de l’aveuglement politique, s’éclate Mwenemwenyi, un petit commerçant de Luliba à l’entrée de la ville.
Dans les coulisses des autorités de base, nous apprenons que ce sont des Wazalendo qui continuaient à s’enrichir sur le dos de la population, ce qui a poussé les autorités de l’AFC/M23 à prendre cette mesure pour protéger les usagers extorqués régulièrement par ces groupes.
Mais dans un cas, comme dans un autre, il faut agir vite pour sauver cette population longtemps meurtrie.
Rédaction