Droit civil et politique. Conclave de Nairobi : une nouvelle plateforme politique voit le jour pour sauver la RDC

Du 14 au 15 octobre 2025, un conclave majeur réunissant plusieurs forces politiques et sociales congolaises s’est tenu à Nairobi, au Kenya. L’événement, convoqué à l’initiative de l’ancien président Joseph Kabila, avait pour objectif déclaré de réfléchir à l’avenir de la République démocratique du Congo dans un contexte de crise multidimensionnelle, marquée par l’instabilité politique, la persistance des violences armées, la fragilité des institutions et une méfiance croissante entre gouvernés et gouvernants.

La rencontre a rassemblé plusieurs personnalités politiques, d’anciens candidats à la présidence, des parlementaires, des leaders de mouvements citoyens ainsi que quelques représentants de la diaspora. Parmi les participants figuraient notamment Matata Ponyo, Seth Kikuni, Franck Diongo, Tharcisse Loseke, Jean-Claude Vuemba ou encore Patrick Bologna. Tous se sont réunis à l’écart de Kinshasa, dans un climat de tension croissante entre l’opposition et le régime du président Félix Tshisekedi. À l’issue des travaux, les participants ont annoncé la création d’une nouvelle plateforme politique baptisée « Sauvons la République démocratique du Congo », censée incarner une alternative face à ce qu’ils appellent la dérive autoritaire du pouvoir en place.

Concrètement, le conclave s’est organisé autour d’échanges à huis clos sur les principaux défis que traverse le pays : dysfonctionnement des institutions, insécurité dans l’Est, crise économique, corruption endémique, répression des libertés publiques, absence de dialogue national inclusif, instrumentalisation de la justice et blocages électoraux. Joseph Kabila, bien que silencieux dans les médias ces dernières années, a été désigné président de cette nouvelle structure, dont le programme s’appuie sur une feuille de route en douze points, déjà présentée publiquement au cours du mois de septembre.

Le communiqué final du conclave appelle les Congolais à se mobiliser pour mettre fin à ce qu’il qualifie de “dictature rampante” et à résister pacifiquement par tous les moyens légaux. Il exige également le retrait des forces étrangères et des mercenaires présents sur le sol congolais, le rétablissement de l’État de droit, la libération des prisonniers politiques, et des réformes profondes pour garantir des élections libres, inclusives et transparentes dans les prochaines échéances nationales.

Toutefois, cette initiative n’a pas été accueillie favorablement par tous les acteurs politiques. De nombreux leaders de l’opposition, notamment Martin Fayulu, Moïse Katumbi, Jean-Marc Kabund ou Delly Sesanga, n’ont pas participé au conclave et ont exprimé leur scepticisme, voire leur rejet. La coalition Lamuka, par exemple, a catégoriquement refusé de s’associer à ce processus, dénonçant une tentative de recyclage politique de Joseph Kabila, qu’elle considère comme l’un des responsables de l’impasse actuelle. Pour ces figures critiques, la crédibilité d’un dialogue pour l’avenir du pays ne peut se construire qu’en rupture avec les acteurs du passé.

Malgré ces réserves, le conclave de Nairobi marque un moment politique important dans le paysage congolais. Il témoigne de l’émergence d’une nouvelle stratégie d’opposition structurée, cherchant à se doter d’un cadre commun et d’un leadership collectif, dans la perspective des prochaines batailles électorales. Reste à savoir si cette initiative parviendra à dépasser le simple effet d’annonce et à convaincre l’opinion publique congolaise, souvent désabusée par les promesses non tenues et les alliances de circonstance.