Droit à la vie: Pillage à la Cimenterie de Katana: une goutte qui fait déborder le vase?

Rappelons qu’une semaine avant sa mort, Fiston Wilondja, nous rapporte-on, assiste à la publication ou à la mise en ligne d’une vidéo montrant des personnes en tenue militaire en train de charger des matériaux de la Cimenterie de Katana dans un camion.

La population de l’endroit, crie au pillage de la Cimenterie, et la nouvelle s’éparpille comme une trainée de poudre dans les réseaux sociaux. Les autorités du Mouvement averties montent au créneau, et la Cimenterie est, pour le moment, sauvé. Mais il faut à tout prix découvrir celui qui aurait vendu la mèche. Fiston se sent directement menacé. Il y a même quelques militaires qui sont arrêtés à Katana même pour cette affaire.

Selon des discrétions de sa famille, Fiston Wilondja commence à passer des nuits suivantes en dehors de son domicile familial par rapport à cet événement. Il se sent discrètement suivi régulièrement par des inconnus. Il consigne à sa famille que s’il rentre un peu tard, de ne lui ouvrir la porte que lorsqu’il les avertit au téléphone. Où s’il frappe d’une manière spécifique que seule sa femme maîtrise. Il confie ensuite que depuis un certain temps deux individus aux jaquettes noires, mains toujours en poches stationnent suspicieusement et régulièrement chaque soir au croisement des avenues Hippodrome et Pesage1, juste au niveau du Rond-point devant la porte du Restaurant Mama Kindja. Il se doute qu’ils détiennent des armes et attendent des passants isolés pour les brutaliser et les dépouiller de leurs biens. Or, c’est à ce niveau que se situe le passage direct et obligé pour regagner son domicile, lui qui travaille parfois tard dans la soirée au niveau de ses bureaux.
Le fait avant-coureur de l’assassinat

L’homicide du journaliste Fiston Wilondja a eu lieu la nuit du 4 au 5 août 2025. Ce dernier prend paisiblement son petit-pot avant de rentrer dormir tranquillement à côté de son épouse qui l’attend à moins de cinq minutes de marche qui les séparaient. Le bar se vide placidement, confie le gérant, lorsque Fiston se lève de sa chaise pour demander au gérant l’addition de sa consommation de ce soir. « Marie, crie le manageur de la boîte en kiswahili, vient nous donner le total de Fiston ! » Et il continua à parler avec d’autres serveuses. Fiston, pressé de rentrer chez lui, s’adressa encore au régisseur de la boîte, en kiswahili  » Hamupendi nibalipe franga zenu, juu nitoke umu ? »(Ne voulez-vous pas que je vous paie mon argent pour que je quitte cet endroit ?) Le gérant réplique dans la même langue  » Chunga Vieux, anakuya ! » (Attends, mon Vieux, elle arrive !). L’attente est longue et ennuyeuse, apparemment. Car, selon Jay, qui est assis à la même table, Fiston se lève de sa chaise pour aller lui-même interpeller la serveuse qui doit lui remettre la note de son addition.
Et c’est de là que tout bascule. La serveuse « Marry » est assise avec trois personnes dont deux hommes en tenue militaire avec des revolvers ceints à la hanche. La troisième personne, par un signe des lèvres et menton, pointe du doigt le journaliste. « C’est lui,… c’est le moment indiqué ». Personne ici ne fera rien », tout est dit dans un swahili teinté de Kinyarwanda comme les habitants de Bukavu savent le détecter.

L’agent de sécurité du bar remarque cette manœuvre et voit la phrase réquisitoire plus qu’il ne l’entende. Il descend du tabouret-escabeau où il est assis, à quelques quatre mètres de ce groupe. Il marche vers Fiston Wilondja que tous les trois hommes toisent déjà avec haine et soupire marquant la colère et l’envie d’en finir au plus vite. Le journaliste interpelle la serveuse « Merry (pour Marie) kuya nipa facture yangu, minaenda » (Marie, vient me donner la facture, je suis parti »). Un des trois hommes crie à l’égard du journaliste: « tu ne nous échapperas pas », toujours en kisawahili, et le troisième fait la moue en hochant la tête. Le chargé de sécurité pense qu’il avait dit « elle ne bougera pas d’ici ! » Cependant, la fille se lève et marche vers le journaliste… Mais les trois hommes se fâchent et l’un d’eux sort son revolver de la ceinture et le charge. Le chargé de sécurité voyant la scène, s’interpose, et supplie les trois hommes de ne pas commettre de dégâts au niveau du bar. Toute cette scène se déroule sur la minuscule terrasse du bar, un balcon, dit-on.

Le journaliste et la serveuse rentrent vers le comptoir à l’intérieur, où se trouve le gérant. A l’extérieur, voyant le revolver être manipulé par un homme en arme, avec un verre de bière à ma main, des gens abandonnent leurs bouteilles et prennent tranquillement l’escalier pour vider, autant que faire se peut, le lieu et se mettre à l’abri du danger devenu quasi-permanent.

AJDH/RTDH
(Alliance de Journalistes pour les Droits Humains)